Et maintenant… Que faire ?

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Black Immigrant Daily News

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Cher Bernard,

M?me si l’histoire mondiale a montr? les d?rives et les dangers du nationalisme et que notre pr?sent le voit souvent servir de maquillage ? l’inavouable, strictement d?fini et cadr?, il n’est pas une tare. J’en conviens d’autant plus ais?ment que je ne pense pas l’avoir pr?sent? ainsi, ayant plut?t pris dans ma ligne de mire les postures nationalistes. Mais mon propos n’est pas ce d?bat th?orique, potentiellement passionnant. Il est plut?t de r?agir aux aspects les plus concrets de ta r?ponse.

Clarifions aussi un second point. ? aucun moment je n’ai eu la candeur de pr?senter la demande d’assistance militaire ?trang?re comme une supplique ? adresser ? un sauveur immacul? et d?sint?ress?. Sans d?velopper le motif, j’ai parl? de <>, ajoutant que nous avons <>. Et pour qu’aucun malentendu ne vienne parasiter le d?bat de fond, je repr?cise en des termes nouveaux, que ma proposition est d’anticiper les ?v?nements en d?finissant nous-m?mes pr?alablement la dur?e, le mandat, les modalit?s et la feuille de route de l’assistance arm?e demand?e. Ceci, afin d’?viter qu’une occupation militaire, ?chappant totalement ? notre contr?le, ne nous soit impos?e, lorsqu’? la trompeuse accalmie que nous vivons succ?dera l’in?vitable regain de terreur. Alors, il sera trop tard.

Il n’y a dans ma position nulle sous-estimation de ce qu’a pu ?tre le courage des membres de la PNH. Au contraire, je m’incline devant la d?termination de nombre de ces agents et je rends hommage ? ceux qui perdent encore la vie dans cette lutte in?gale, ceux que les d?cideurs et les belles ?mes offrent quotidiennement en holocauste au monstre qui les d?vore. Il est possible que la PNH ait quadrupl? ses effectifs depuis l’?poque de ses succ?s contre l’ <>, mais quel est le multiplicateur adapt? au nombre des gangs, ? leurs effectifs et ? leur puissance de feu ? Dire que la PNH n’a pas la capacit? de faire face ? cette situation ne rel?ve pas de la p?tition de principe, mais d’un triste constat empiriquement renouvel?. Que la cause en soit une d?ficience du commandement, le sous ?quipement ou l’insuffisance de l’entra?nement ne modifie en rien la gravit? ni l’urgence de la situation pas plus que cela n’allonge le temps dont on dispose pour y porter rem?de.

Dans <>, je tapais sur le confort moral par? des plumes du nationalisme et toi dans ta lettre tu incrimines <>. Nous esquissons ensemble peut-?tre quelques pas pour sortir de l’un comme de l’autre. C’est ainsi, en tout cas que je re?ois tout le volet technique qui constitue une large part de ta r?ponse et qui pourrait servir de fil conducteur ? une discussion entre personnes habilit?es ? donner un avis ?clair?.

Que l’arm?e soit l’outil d’une politique et que <>, m?ritait d’?tre rappel?. Mais allons plus loin et avan?ons sur un terrain moins balis?. Rien ne nous astreint ? <>, sauf pour les corriger et les compl?ter selon nos besoins et nos int?r?ts nationaux, en r?pondant aux questions essentielles sur lesquelles elles sont muettes.

Et quant aux aspects techniques sp?cialis?s de la question, je n’?prouve aucune g?ne ? confesser mon incomp?tence pour dimensionner la force et dire comment l’?quiper ad?quatement. C’est pour cela que j’en appelais et que je renouvelle mon appel aux hauts commandements de nos corps arm?s constitutionnellement constitu?s et aussi ? ces personnalit?s, nagu?re si disertes, qui se sont pr?sent?es ? nous ou que les m?dias nous ont pr?sent?es comme des sommit?s en la mati?re. <>, ?cris-tu au sujet de Varreux, et ce vacuum peut s’?tendre au reste. Je crie TANT MIEUX. Il appartient aux patriotes ha?tiens de proposer des r?ponses communes… Et vite car le temps presse et les gens aux postes de d?cision r?it?rent leurs j?r?miades et demandes ? l’international et ils finiront par obtenir des r?ponses insatisfaisantes pour le pays.

Venons-en maintenant aux objectifs strat?giques qu’il convient de clarifier et ? leurs finalit?s politiques. La pr?sentation que tu fais des options alternatives d?fensives ou offensives discr?dite les premi?res puisqu’elle fait ressortir leurs insuffisances imm?diates et leur illusoire efficacit? sur le moyen et le long terme. Tu montres aussi le peu d’int?r?t de l’option purement dissuasive, pacificatrice uniquement en apparence car elle ne d?mant?lerait pas plus les gangs qu’elle ne neutraliserait radicalement leurs chefs. N’a plus alors de sens que l’option offensive. Tu avances l’absence de <>. Et tu reviens sur la d?finition des param?tres d’intervention et sur le risque qu’elle r?sulte davantage de discussions tenues ? Washington, Ottawa ou Brasilia que de la parole de la partie ha?tienne. C’est in?vitable si la partie ha?tienne se tait, n’a pas de plan commun ? proposer et se pr?sente les mains (la t?te ?) vides et toujours d?sunie. Nos professionnels et sp?cialistes en la mati?re sont-ils ? ce point mentalement d?pendants et intellectuellement st?riles qu’ils ne puissent prendre l’initiative de se rassembler pour produire ensemble un dossier technique sur toutes ces questions, au moins comme document de travail ? Je relance la balle dans leur camp car ils doivent ? la nation en danger de mettre leur expertise ? son service.

La valse-h?sitation et l’absence d’enthousiasme ? poser les bottes dans le bourbier ha?tien caract?risent pr?sentement les positions des habituels boutefeux que sont les USA, le Canada, le Br?sil et une France qui prend ses distances sur la pointe des pieds. C’est une chance dans notre malheur car leurs scrupules r?els ou simul?s servent notre int?r?t de patriotes ha?tiens en nous laissant le loisir d’exprimer ce que nous voulons. Chance ? ne pas rater encore une fois.

Ne prenons pas pour excuse les palinodies de notre pseudo-gouvernement. Contournons-le, encerclons-le par un bloc patriotique capable de lui forcer la main, ainsi qu’? ses partenaires internationaux. Il y a l? une strat?gie politique ? r?aliser sur le champ : ?laborer ce document de demande d’aide, en rendre public ce qui peut l’?tre sans nuire ? son efficacit? et voir comment y rallier une masse critique suffisante pour l’imposer ? notre classe politique (gouvernement et autres) et ? l’international. Le poids de la partie ha?tienne d?pend largement de sa composition et de son attitude. Les deux sont d’ailleurs souvent li?es. Si la partie ha?tienne n’est form?e que de chefs de gouvernement dont le retour, l’arriv?e ou le maintien au pouvoir sont le fait de l’?tranger, c’est clairement la soumission qui se produira. Mais nous ne sommes ni en 1994 ni en 2004. Il est encore temps et encore possible que le discours gouvernemental soit contrebalanc? par un autre s’?levant en Ha?ti, aussi l?gitimement et peut-?tre plus, s’il est suffisamment unitaire et mobilisateur. Et de surcro?t s’il est porteur d’un contenu substantiel. Je trouve dans ta lettre le canevas de ce possible contenu. Et quant aux r?gles d’engagement, un tel front patriotique aura aussi la mission de faire barrage ? l’imposition d’ <>.

Si nous parvenons ? cette ?tape, la question des b?n?ficiaires de cette intervention se posera diff?remment, car il deviendra possible, en jouant serr?, de distinguer le soutien ? l’?tat ha?tien de l’appui inconditionnel ? ceux qui occupent la t?te de l’?tat.

Enfin je ne me d?roberai pas ? la question de morale politique, tout ? la fois pertinente et lancinante, que tu me poses. Tu soulignes ? juste titre le co?t humain de l’option offensive, seule prometteuse d’efficacit?, si je me fie ? ton analyse technique. Et tu me demandes o? je placerais le seuil acceptable de vies innocentes, potentielles victimes collat?rales des op?rations militaires. La question est malheureusement r?versible : o? situerons-nous la limite du tol?rable dans l’accumulation de civils innocents et de policiers au service de l’?tat assassin?s par les gangs ? Car ce jeu de massacre se poursuivra et s’acc?l?rera sans doute si on ne tente d’y porter un coup d’arr?t. Terrible dilemme que doit affronter le d?cideur dans la solitude de sa conscience. S’il veut s’?lever ? la stature de l’homme d’?tat, il doit choisir, alors m?me qu’il ne peut pleinement s’assurer de toutes les suites de sa d?cision politique. Accepter de risquer l’erreur et d’encourir le bl?me.

Les reformulations rh?torique de la question me donnent ? y entendre une r?ponse implicite invitant ? l’abstention. Pas de demande d’aide militaire ext?rieure et… ? Et advienne… ? Ta lettre me laisse sur ma soif de solutions alternatives ? mon option pour l’aide arm?e, l’approche offensive en s’effor?ant de r?duire au minimum les dommages collat?raux.

Critiquant le moralisme quelque peu ?th?r? de la philosophie de Kant, Charles P?guy ?crivait : <> ? la vingt-sixi?me heure, l’heure des bilans, portera-t-on le m?me jugement sur le nationalisme ha?tien ?

Re?ois mes remerciements pour avoir engag? ce dialogue.

? P?tionville, le 2 d?cembre 2022

Patrice Dalencour

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